Chronique 8 : La lettre enregistrée
Choisir le nom d’un produit n’est pas une mince affaire. Il faut que ça sonne bien, évidemment. Que ça soit évocateur et unique afin de s’imprégner dans l’esprit du consommateur. Et il faut s’en assurer la propriété commerciale.
À ses débuts, la conserverie ne se préoccupe pas de ces dimensions marketing et juridiques. Ses produits portent le nom Rougemont, mais la marque n’est pas enregistrée. D’ailleurs, le problème ne se pose pas vraiment… tant qu’elle se contente de vendre des tomates et des fèves en conserve.
Vers la fin des années 1950, Willie Lassonde, le fils héritier d’Aristide, s’avise de l’atout inestimable de sa région. Avec ses innombrables vergers, Rougemont est en voie de devenir la capitale de la pomme au Québec. Pourquoi donc ne pas aussi produire du jus de pomme ? Une idée tout à fait à propos. Mais un obstacle non négligeable se profile.
Depuis de nombreuses années, la Coopérative Montérégienne, aussi située à Rougemont, produit du jus de pomme sous la marque enregistrée Mont-Rouge. À bon droit sans doute, la direction de la Coopérative s’inquiète donc de l’arrivée sur le marché d’un jus de pomme Rougemont et de la confusion possible chez le consommateur. Comment résoudre le problème ? Les conserves de légumes Rougemont sont déjà connues et Lassonde veut profiter de cette petite notoriété.
C’est ainsi que l’entreprise enregistre officiellement la marque R, tout en conservant le reste du nom un peu détaché et en plus petits caractères. Cela a-t-il plu à la Coopérative ? Peut-être pas, mais la question ne se posera plus en 1977 lorsque Lassonde s’en portera acquéreur.
Prochaine chronique : Un épicier exigeant…

